Laurène

Laurène

vendredi 18 septembre 2015

Amour

Il est 9 heures du matin (l'horloge du blog n'est pas sur le bon fuseau horaire), je sais pas comment on la change). on vient de passer un long moment sur le canapé à regarder le ciel bleu au-dessus des arbres comme on l'a fait si souvent. Elle n'a encore pas dormi cette nuit. je suis restée à côté d'elle et chaque fois que je suis partie, elle s'est relevée presque tout de suite. Ivan a pris le relais de 4 à 5 heures du matin et maintenant c'est Luc qui est avec elle. Pendant notre discussion de ce matin, on a évoqué des souvenirs, on s'est rappelé de tout ce qui a fait sa vie jusqu'ici. Concernant sa maladie, le traumatisme le plus important est peut-être la première rechute, en 2009, au bout de six ans, alors qu'il n'y avait officiellement plus de risque que ça revienne : elle a toujours beaucoup fait confiance à l'Igr et le fait qu'ils se soient trompés l'a marquée. Elle est étonnament claire sur tout ce passé, on dirait que le manque de sommeil ne la gêne pas, elle dit avec le sourire "j'ai décidé d'arrêter, ça sert à rien". Sur la situation actuelle, c'est plus confus, notamment sur l'efficacité du traitement...

Hier, je suis allée à la prière des malades de St Nicolas des Champs avec Isabelle (pour en savoir plus, cliquer ici). J'ai pleuré, imploré, supplié pour sa guérison, j'attendais la parole de connaissance "le Seigneur guérit une jeune fille pour qui on est venu prier et qui a une tumeur cérébrale" mais cette parole n'est pas venue. Ce qui m'est venu c'est la pensée que sa place était maintenant au ciel, que c'est là qu'elle serait le mieux. Ca m'a effondré encore plus, j'ai pleuré pendant les 3 heures où on a été là-bas, sur le chemin du retour, à pied, aussi. Et puis après, j'ai compris l'expression "pleurer toutes les larmes de son corps", ça veut dire qu'ensuite momentanément il n'y en a plus. J'ai laissé la souffrance me traverser sans essayer de lutter sans essayer de me protéger et j'ai expérimenté qu'ensuite il y avait une accalmie, je ne me suis pas perdue dans  la souffrance, je peux me laisser aller en confiance avec Dieu. Il faudra que je m'en souvienne pour toutes les fois où la souffrance reviendra.

Je commence aussi à me retourner sur le passé. Ce qui me frappe c'est que dans la vie de Laurène il y a jusqu'ici 3 parties de 6 ans. La première jusqu'à 6 ans jusqu'à la fin du CP, c'est une petite fille vive, joyeuse, sûre d'elle, avec beaucoup d'amis. Puis la maladie arrive et suivent 6 ans de rémission où elle devient adulte, elle frappe par sa maturité, les amies qu'elle se fait pendant cette période sont toujours ses amies aujourd'hui. Puis la rechute il y a 6 ans. Avec un chemin de foi, grâce aux textes de Soeur Monique et un chemin d'amour. Quand elle a été hospitalisée pour sa 1ère rechute, lorsqu'une voisine de chambre sortait de l'hôpital elle était triste de ne pas pouvoir sortir. Puis, à la deuxième rechute, quand elle voyait une voisine de chambre sortir avant elle, ça la rendait contente, elle était devenue capable de partager sa joie. Amour, c'est un mot qu'elle dit souvent quand on discute toutes les deux. Elle me l'a appris aussi. Grâce à elle, je suis devenue plus attentive aux autres dans la rue, dans le métro, et des gens se sont mis à me demander de l'aide, pour trouver leur chemin par exemple des Québequois qui ne comprenaient pas le fonctionnement d'une ligne de métro avec une fourche. J'ai ramené préciseusement ce moment à Laurène le soir, le simple fait que je le lui raconte l'a rendue contente.

Voilà, petite tentative de donner du sens, nous qui en cherchons toujours et qui n'avons pas l'humilité de reconnaître que nous comprenons si peu de choses. La tentation de se dire que rien n'a de sens est encore pire. Eric-Emmanuel Schmidt dit qu'il ne faut pas parler d'absurde mais de mystère.

Tes desseins sont plus grands que nos desseins, Tes pensées sont plus grandes que nos pensées.

Si quand même Tu voulais bien changer Tes plans pour Laurène, je ne T'en voudrais pas... 

1 commentaire:

  1. Merci Marie-Line pour tant de simplicité, tant d'intimité partagée, tant d'amour, qui nous permettent de vous accompagner dans ce chemin si difficile. Le sens n'est-il pas justement caché au sein du Mystère ? de l'importance de le préserver et d'accepter de ne pas tout comprendre....

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