"Parfois
les choses ne se passent pas comme nous le voulons.
Une
personne aimée meurt. Un virus vient. En
un instant, toutes les défenses fabriquées par notre esprit
s’écroulent.
Nous redevenons nouveau-nés, nous ne
sommes plus invulnérables, Nous sommes confrontés à notre
impuissance face à l’immensité du cosmos, nus sans la protection
de l’ego. L’impermanence éclate par les failles de notre
réalité.
Nos yeux sont ouverts. D’anciens enseignements
redeviennent vivants. Ce qui est né doit mourir. Ce qui est ici s’en
ira bientôt. Le sol même où nous nous tenons peut s’ouvrir à
tout moment.
Qu’est-ce
qui est réel ? À quoi peut-on faire confiance en cette vie
? Pour
quoi vaut-il la peine de vivre ? Et nous reculons. C’en est trop,
cette immensité de l’expérience, ce formidable mystère.
Vite
! revenons à la normale, à la vieille sécurité. Vite,
accrochons-nous à quelque chose de solide, quelque chose de gérable,
quelque chose de tangible. Améliorons quelque chose. Allons à
la recherche de quelque chose. Contrôlons quelque chose. Essayons
d’obtenir une réponse. Prenons un remède. Résolvons tout cela.
Distrayons-nous – avec les drogues, avec la religion, avec les
lieux communs, avec de plus en plus d’expériences. Allumons
la télévision. Allons au supermarché. Jouons à un jeu sur notre
téléphone. Cachons-nous. Cachons-nous. Cachons-nous.
Plutôt
que de faire face aux terreurs inexplorées tapies dans les
profondeurs, nous fixons une fois de plus nos yeux sur les surfaces
brillantes. Nous essayons d’endiguer notre douleur et de revenir à
la normale, de revenir au travail, de revenir au connu, de revenir à
la "réalité".
Or, la normalité est le problème, pas la
solution.
La
réalité ancienne, « normale », était trop restreinte pour nous.
La vie, dans son intelligence infinie, était seulement en train
d’essayer de nous casser pour nous ouvrir.
Nous
pensions être heureux. Cependant, notre bonheur était si
contingent, si fragile, et notre joie si dépendante, et notre
contentement tellement superficiel ! C’était le type de
contentement qui pouvait être brisé à tout moment. Et il se
brisait, car la vie recherche la plénitude et rien de moins.
Nous
sommes alors appelés à remettre tout en question. Tout.
Peut-être
que notre déception et notre souffrance présentes ne sont pas un
obstacle mais une porte à la guérison.
Peut-être que notre
chagrin n’est pas une erreur mais un portail. Et que nos envies les
plus profondes ne sont pas des défauts, mais des parties de
nous-mêmes qui veulent seulement être reconnues.
Et maintenant
la vie est venue à notre secours avec son amour de la plénitude.
Les terreurs, les rages, la confusion, et les joies insondables que
nous n’avions jamais pu supporter, dansent maintenant librement en
nous à nouveau ! Alléluia ! L’extérieur devait s’écrouler;
nous sommes au contact de l’intérieur à nouveau !
La
souffrance n’est pas une erreur, ni une punition et en définitive,
elle n’est même pas à toi. Nous souffrons tous. Nous faisons tous
l’expérience de la perte, et nous nous demandons tous pourquoi.
Nous sommes reliés à toute l’humanité dans notre mal. Si nous
pouvons toucher nos propres peines, nous pouvons toucher les peines
de toute l’humanité. Ce n’est pas là se vautrer dans la
douleur, c’est un éveil, l’ouverture des yeux, la naissance
d’une véritable compassion. Nous laissons la vie nous briser le
cœur et l’ouvrir à la Vérité.
Tout brûle.
Nous
savions trop, maintenant nous en savons moins, et cela n’est pas
une perte, mais la naissance de notre liberté."
Jeff
Foster
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