Laurène

Laurène

jeudi 14 janvier 2021

Tout brûle

 "Parfois les choses ne se passent pas comme nous le voulons. 
Une personne aimée meurt. Un  virus vient. En un instant, toutes les défenses fabriquées par notre esprit s’écroulent. 


Nous redevenons nouveau-nés, nous ne sommes plus invulnérables, Nous sommes confrontés à notre impuissance face à l’immensité du cosmos, nus sans la protection de l’ego. L’impermanence éclate par les failles de notre réalité.


Nos yeux sont ouverts. D’anciens enseignements redeviennent vivants. Ce qui est né doit mourir. Ce qui est ici s’en ira bientôt. Le sol même où nous nous tenons peut s’ouvrir à tout moment.
Qu’est-ce qui est réel ? À quoi peut-on faire confiance en cette vie ? Pour quoi vaut-il la peine de vivre ? Et nous reculons. C’en est trop, cette immensité de l’expérience, ce formidable mystère.


Vite ! revenons à la normale, à la vieille sécurité. Vite, accrochons-nous à quelque chose de solide, quelque chose de gérable, quelque chose de tangible. Améliorons quelque chose. Allons à la recherche de quelque chose. Contrôlons quelque chose. Essayons d’obtenir une réponse. Prenons un remède. Résolvons tout cela. Distrayons-nous – avec les drogues, avec la religion, avec les lieux communs, avec de plus en plus d’expériences. Allumons la télévision. Allons au supermarché. Jouons à un jeu sur notre téléphone. Cachons-nous. Cachons-nous. Cachons-nous.


Plutôt que de faire face aux terreurs inexplorées tapies dans les profondeurs, nous fixons une fois de plus nos yeux sur les surfaces brillantes. Nous essayons d’endiguer notre douleur et de revenir à la normale, de revenir au travail, de revenir au connu, de revenir à la "réalité".


Or, la normalité est le problème, pas la solution.
La réalité ancienne, « normale », était trop restreinte pour nous. La vie, dans son intelligence infinie, était seulement en train d’essayer de nous casser pour nous ouvrir. 
Nous pensions être heureux. Cependant, notre bonheur était si contingent, si fragile, et notre joie si dépendante, et notre contentement tellement superficiel ! C’était le type de contentement qui pouvait être brisé à tout moment. Et il se brisait, car la vie recherche la plénitude et rien de moins.


Nous sommes alors appelés à remettre tout en question. Tout.


Peut-être que notre déception et notre souffrance présentes ne sont pas un obstacle mais une porte à la guérison.
Peut-être que notre chagrin n’est pas une erreur mais un portail. Et que nos envies les plus profondes ne sont pas des défauts, mais des parties de nous-mêmes qui veulent seulement être reconnues.


Et maintenant la vie est venue à notre secours avec son amour de la plénitude. Les terreurs, les rages, la confusion, et les joies insondables que nous n’avions jamais pu supporter, dansent maintenant librement en nous à nouveau ! Alléluia ! L’extérieur devait s’écrouler; nous sommes au contact de l’intérieur à nouveau !


La souffrance n’est pas une erreur, ni une punition et en définitive, elle n’est même pas à toi. Nous souffrons tous. Nous faisons tous l’expérience de la perte, et nous nous demandons tous pourquoi. Nous sommes reliés à toute l’humanité dans notre mal. Si nous pouvons toucher nos propres peines, nous pouvons toucher les peines de toute l’humanité. Ce n’est pas là se vautrer dans la douleur, c’est un éveil, l’ouverture des yeux, la naissance d’une véritable compassion. Nous laissons la vie nous briser le cœur et l’ouvrir à la Vérité.


Tout brûle.


Nous savions trop, maintenant nous en savons moins, et cela n’est pas une perte, mais la naissance de notre liberté."


Jeff Foster

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