Au fil des années avec Laurène on s'est construit tout un lexique de petits mots, de petites phrases qu'on dit souvent et qui nous rappellent un souvenir ou une référence qu'on connaît toutes les deux. Je crois que ça a commencé quand elle était en chimio haute dose, pendant les semaines qu'elle a passé en chambre stérile. Pour s'occuper, on faisait notre miel de chaque petit événement du quotidien, on se le répétait, on en riait et ça devenait une référence commune. Il y a eu notamment un interne, Sébastien, très sympa mais un peu préténtieux et surtout très fumiste : il nous a beaucoup alimenté notre petit registre, chaque fois qu'il passait, c'était un régal...Notre registre s'est étoffé avec des sketchs d'humoriste, des répliques de film ou des citations de bouquins que Laurène aimait bien et avec des expressions brevetées Laurène. Aujourd'hui, quand je parle, au boulot ou ailleurs, mon langage est habité, il y a toujours à un moment ou un autre un mot ou une expression qui me vient et qui me fait penser à Laurène.
Tout ça pour dire que ce registre, Laurène l'a gardé depuis que sa mémoire est partie et que c'est même ce qu'elle dit le plus fréquemment et le plus facilement. Et de façon surprenante, il s'est même étoffé : la "victime" cette fois c'est le kiné. Il fait faire à Laurène des étirements et quand Laurène lui dit "ça fait mal", il répond "c'est normal". On s'est emparé de ce "c'est normal", on se le resert régulièrement et aujourd'hui j'ai raconté ça au kiné. C'est là qu'il s'est rendu compte qu'il le disait souvent, et quand il le dit, on rigole, et Laurène n'est pas en reste !
Bon voilà on s'amuse comme on peut ! Aujourd'hui Laurène a fait aussi une séance de massage des pieds très agréable, merci à l'association Rebondir ! Depuis dimanche, elle est moins fatiguée, elle dort moins dans la journée. Son équilibre est très instable et la prononciation des mots est difficile. Demain 11 novembre, pas de chimio, l'hôpital de jour est fermé, ce sera pour vendredi, et ensuite on reprendra les mercredis, a priori l'après-midi.
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